Anne-Laure Comiotto : « Nous siégeons pour défendre les entreprises »
De nombreux chefs d’entreprise et artisans engagés représentent nos entreprises du Bâtiment et des Travaux Publics dans des instances où se prennent des décisions qui façonnent directement leur quotidien. Emploi, protection sociale juridictions prud’homales, logement, formation professionnelle…
Rencontre avec quelques-uns des mandataires de la fédération BTP Rhône.
Responsable du pôle Ressources Humaines d’une société appartenant à un grand groupe du secteur du BTP – 330 collaborateurs en Rhône-Alpes – Anne-Laure Comiotto est mandataire au conseil des prud’hommes de Lyon depuis 2018. Elle est par ailleurs directrice générale d’une entreprise de transport cofondée avec son conjoint. Oui, c’est possible…
Trois activités distinctes, et accessoirement une vie de famille… La première question est évidemment : comment faites-vous ?
J’ai en effet une vie de famille, et oui c’est compatible avec mes autres engagements. Mon employeur me libère pour mon mandat aux prud’hommes le temps des audiences, environ un jeudi toutes les trois semaines. En revanche, tout le travail d’analyse des dossiers, de rédaction, est pris sur mon temps personnel.
Les prud’hommes sont-ils chronophages ?
Il s’agit d’une vraie question. C’est pourquoi nous allons organiser en novembre une visite du conseil des prud’hommes pour les nouveaux dirigeants de BTP Rhône, avec justement l’idée de montrer qu’il est compatible d’avoir une activité professionnelle, une vie de famille, et aussi ce mandat. Nous siégeons pour défendre les entreprises, et pour ce qui me concerne, les employeurs. Nous nous devons de représenter nos syndicats professionnels.
Comment avez-vous rejoint le conseil des prud’hommes ?
Sur proposition de mon directeur régional de l’époque, en 2018. Comme cela faisait quelques années déjà que je travaillais dans les ressources humaines, j’ai considéré qu’il pouvait être intéressant de découvrir les prud’hommes de l’intérieur, moi qui ne faisais que connaitre l’extérieur en apportant mes propres dossiers. Je siège au sein de la section Encadrement – collège Employeurs qui traite les dossiers des salariés avec un statut de cadre, sur tous les types d’activités : de la pharmacie, du médical, du sportif, du BTP, de l’industrie, du tertiaire…
Que vous a apporté et que vous apporte ce mandat ?
Très clairement, j’ai beaucoup appris et cela m’a permis de perfectionner mon approche des Ressources Humaines et d’améliorer nos pratiques pour minimiser les risques associés à la gestion humaine. Et puis la section Encadrement du collège Employeurs est vraiment nourrissante intellectuellement parce qu’on y voit des conflits très variés.
Que diriez-vous à ceux ou celles qui hésitent à se lancer ?
Je veux les rassurer. Outre ce que j’ai déjà avancé, le nouveau conseiller est soutenu et accompagné dans ses premiers pas. Il y a des formations dispensées par nos organismes patronaux. Et puis, notamment dans la section Encadrement que je préside, il existe un binôme tuteur-tutoré, efficient dès la prise en main du mandat pour les préparer aux audiences, à l’étude des dossiers et à la rédaction qui suit.Nous avons tous des « casquettes » un peu différentes par nos métiers, des approches des dossiers un peu différentes, mais globalement nous trouvons le plus souvent un bon équilibre grâce au binôme.
Défendre des employeurs qui se trouvent en faute face à un salarié, ce n’est pas parfois un peu compliqué ?
Nous ne défendons jamais l’indéfendable. Nous jugeons sur des textes légaux, juridiques, et d’ailleurs à l’Encadrement nous mettons un point d’honneur à juger en droit, et non par position dogmatique. Nous ne sommes donc pas en confrontation avec nos homologues qui représentent les salariés.En revanche, nous essayons de faire en sorte qu’il y ait une juste proportion pour l’employeur en cas de condamnation.
À lire dans l’édition du 27 août 2026 du Journal du BTP

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