« Une femme dans le BTP, c’est possible ? » Oui, c’est possible !

« Nous voulions créer de l’échange, je pense que nous avons réussi. Nous voulions questionner, je pense que nous avons réussi aussi. Et nous voulions faire émerger le “pourquoi pas”, des pistes de travail supplémentaires, et je crois que nous avons réussi aussi. » Audrey Chauvel, RH et QHSE chez Blanchard & Blazquez, pilote du groupe de travail de la Com’Form sur la féminisation des métiers à BTP Rhône, peut en effet être satisfaite.

Car l’afterwork intitulé « Une femme dans le BTP, c’est possible ? », organisé le jeudi 23 avril 2026 au siège de BTP Rhône, a été un véritable succès. Succès d’audience, puisque l’amphithéâtre était comble ; succès aussi par la qualité des intervenants qui se sont succédé sur scène ; succès enfin, salué par des applaudissements fournis à l’issue de la table ronde comme par les nombreuses félicitations de l’assistance, dont celles de Valérie-Anne Charroin, présidente régionale des Groupes Femmes de la FFB Auvergne-Rhône-Alpes également présidente du groupe Femmes du Rhône, ou d’Oriane Viguier, Legros TP, vice-présidente de BTP Rhône.

Le sujet ? La place des femmes dans le BTP.

Le programme ? Faire découvrir les opportunités professionnelles du secteur pour les femmes ; partager des clés et des repères utiles ; rassembler et mobiliser les acteurs engagés sur ce sujet ; faire émerger des propositions concrètes pour favoriser la place des femmes dans le secteur.

« Les chiffres de la CERC, Observatoire régional de la filière Construction, sont éloquents », avait prévenu Audrey Chauvel en préambule à l’organisation de cet afterwork. « Les femmes ne représentent que 13 % du secteur du Bâtiment. Au niveau de la production et de la gestion opérationnelle de nos chantiers, on descend à moins de 3 %. C’est surtout la pérennité de ce chiffre et le fait qu’il se maintienne en l’état depuis dix ans qui nous interrogent. Notre objectif n’est pas de trouver des solutions à cet état de fait, mais, dans un premier temps, de trouver des éléments de compréhension. Avec l’idée tout de même que, si nous avons une meilleure compréhension, nous pourrons peut-être avoir une influence sur ce chiffre. »

Les trois jeunes conductrices d’engins ont emporté la salle

Avec Sophie, Lucie, Sheerazade, Murielle ou Véronique, et la complicité de Bertrand Gallois, responsable Formation et Insertion à BTP Rhône, Audrey a donc invité de nombreux intervenants à venir s’exprimer.

Autant le dire sans nuance, Freya Parent, Marie Poyet et Adriane Filipetto, toutes trois jeunes alternantes au CFA MFR des Métiers du BTP à Franciens pour obtenir leur CAP de conductrice d’engins, ont crevé non pas l’écran, mais la scène. Avec leurs mots, leurs rires, leurs hésitations, leur quête du terme juste pour refléter au mieux leur pensée, avec leur sincérité, leur détermination et leur savoir-être, elles ont emporté la salle, unanime à réclamer de telles recrues dans leurs entreprises.

Freya : « Honnêtement, j’ai cette passion des engins depuis que je suis petite. Ce n’est pas seulement un métier de brutes. J’ai toujours aimé dépasser mes limites, c’est pour cela que j’ai choisi un métier physique. Le fait d’être une fille, je ne me suis jamais posé la question, ça n’a jamais été ni un “pour” ni un “contre”. »

Marie : « J’étais paysagiste et je voulais faire une formation pour acquérir des compétences supplémentaires. Conduire des engins ne m’a jamais fait peur, ni même travailler en extérieur malgré les intempéries. Pour conduire une machine, il n’y a pas de différence entre un homme et une femme, il n’y a pas le souci du corps. Au début, mon père était un peu inquiet, il avait peur que je me fasse écraser, mais il m’a toujours encouragée. »

Adriane : « Mon père est conducteur d’engins et ma belle-mère conduit des poids lourds… Ce n’est pas un métier de bourrin. Mon père est très fier de moi. Au début, mes amis m’ont demandé si je me sentais capable de pousser une brouette, de soulever une pelle, mais maintenant ils se rendent compte que oui, c’est possible. »

Les trois jeunes femmes sont toutes en alternance dans une petite entreprise de TP et sont heureuses de se lever chaque matin « pour retrouver de super collègues », « pour continuer d’apprendre, évoluer, me dépasser, me faire grandir ».

« N’ayez pas peur ! Lancez-vous »

« Vous êtes en train de décrire les fondements qu’on retrouve dans le secteur du BTP : la cohésion, le dépassement de soi, le fait de façonner… On est d’accord que, quand on est sur chantier, on passe du temps avec les collègues, et c’est important de se sentir soutenue, avec cette cohésion et cette éthique-là. On apprend tous les jours. C’est beau de vous l’entendre dire », intervient Audrey, qui a animé la soirée.

Freya rêve de devenir formatrice en MFR, Marie veut partir travailler à l’étranger, et Adriane souhaite passer tous ses permis jusqu’à conduire des convois exceptionnels.

« La seule barrière qui vous empêche d’atteindre vos rêves, c’est vous-même », conclut Freya sous les applaudissements. « N’ayez pas peur », renchérit Marie. « Lancez-vous ! Les mentalités changent… pas tout le temps, mais beaucoup quand même », ajoute Adriane, applaudie elle aussi.

Leurs conseils pour féminiser les métiers du BTP ? Des campagnes de sensibilisation ; que les jeunes femmes connaissent leurs droits sur les chantiers, comme l’accès à des toilettes, par exemple ; le droit de réclamer des outils plus adaptés aux femmes, qui serviront également aux hommes ; avoir un « protecteur » sur le chantier, qui peut désamorcer d’éventuelles situations gênantes avec des collègues masculins un peu « relous ».

Près de 150 femmes chez les Compagnons chaque année

Place ensuite aux prescripteurs et partenaires, avec Maria Coulon Lamier, Assada, présidente de l’association 10 pour 10, « la passerelle innovante vers l’emploi pour permettre la réalisation de son projet de vie et faciliter les recrutements en entreprise » ; Muriel Robichet, Rectorat ; Véronique Can, CFA Rhône ; Agathe Laveur, CFC Égletons ; et Romain Garçon, Compagnons du Tour de France.

Leur message est limpide. Entre initiatives privées et organismes publics comme France Travail ou les Missions locales, de nombreux dispositifs existent pour que les jeunes femmes ou les femmes en reconversion puissent intégrer les métiers du Bâtiment ou des Travaux Publics. Encore faut-il être informé et savoir frapper à la bonne porte. Dans tous les cas, l’élan est créé : la féminisation des métiers du BTP n’est pas prise à la légère par les organismes de formation.

Avec le projet Exception’Elles, les Compagnons du Tour de France s’investissent beaucoup sur le sujet, à coups de portes ouvertes et de dispositifs d’accueil favorisant les jeunes femmes, comme le mélange entre immersions en entreprise et ateliers.

Romain Garçon : « Nous avons reçu à peu près 500 femmes au total sur la région en trois ans. Celles qui venaient à nos portes ouvertes, jeunes, moins jeunes, en reconversion, avaient toutes un désir de découvertes concrètes. Aujourd’hui, nous accueillons une cinquantaine de femmes dans chacun de nos trois établissements, avec une forte prédominance pour les métiers de la peinture, de la charpente et de la plâtrerie. »

« 10 pour 10 est une association d’intérêt général créée en 2017 par des dirigeants d’entreprises, qui a la volonté d’augmenter l’employabilité des personnes en qualification, avec un accent sur les femmes, parfois en situation monoparentale, qui ont envie d’accomplir leur rêve, de changer de métier », explique Maria, qui en est à l’origine. Elle reprend ensuite le parcours, étape par étape, d’une jeune femme devenue peintre avec l’aide et l’accompagnement non seulement de l’association, mais aussi de tous les acteurs privés et publics, et des nombreux dispositifs existants, comme la POEI ou la formation AFEST. « Un véritable travail d’équipe, comme sur les chantiers », conclut Maria.

Des parcours à construire

De nombreuses solutions existent en formation. Il reste du chemin à parcourir, des adaptations à construire, mais le thème de la féminisation a bien été saisi par l’ensemble des acteurs de la formation.

Petit bémol avec l’intervention d’une jeune femme dans la salle, aujourd’hui en maîtrise de travaux dans un groupe de chauffage et de débardage, qui a décidé de se reconvertir à 31 ans. « Cela a été un vrai parcours du combattant, avant les études, de trouver une formation sans revenir à un CAP, parce que je crois qu’il faut des dérogations après 28 ans. C’est décourageant et assez dommage… »

Marine Deneuvis, MD Carrelage, Lisa Phillis, LS Métallerie, Ptisham Tazi, Déclic et Impact, et l’incroyable Sophie Michel, MEG, sont enfin venues raconter leurs expériences de femmes du BTP qui ont pris les chemins évoqués plus haut pour trouver leur voie, trouver le déclic, et créer ou reprendre l’entreprise qu’elles dirigent aujourd’hui. Des témoignages inspirants, rassurants, déterminants pour celles et ceux qui étaient à l’écoute, mais aussi pour tous ceux qui auront la chance de les croiser sur le terrain ou en forum.

Ce qu’elles ont dit ? Allez donc les voir, elles vous recevront avec plaisir. Elles seront votre clé, peut-être votre déclic, pour peu que vous soyez une femme déterminée à faire et à vous lancer dans le BTP.

Mais voilà leur conclusion, similaire à celle des aspirantes conductrices d’engins : « N’écoutez pas trop les gens autour de vous, faites-vous confiance et foncez ! On s’éclate dans le BTP ! Vraiment, ça change tous les jours, on ne s’ennuie pas, on n’est pas enfermée. Donc il ne faut pas hésiter. Il faut y aller. De toute façon, il faut essayer pour savoir si on aime. On peut se tromper, on peut changer. Il y a plein de métiers dans le Bâtiment et les TP… »

« Si nous sommes capables de façonner le paysage en construisant des ponts, des routes, des bâtiments toujours plus complexes, nous devrions aussi être capables de construire un secteur plus ouvert, plus inclusif, plus représentatif de la société dans laquelle nous vivons aujourd’hui », a résumé Audrey Chauvel.

« Dans le BTP, nous bâtissons l’avenir, alors bâtissons-le ensemble. »

À lire dans l’édition du 28 mai 2026 du Journal du BTP

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