Patrick Perez : « Mon expérience de chef d’entreprise me permet de mieux comprendre les réalités économiques »

De nombreux chefs d’entreprise et artisans s’engagent au service de l’action collective dans des domaines qui façonnent directement leur quotidien : emploi, protection sociale, juridictions prud’homales, logement, formation professionnelle… Rencontre avec Patrick Perez, chef d’entreprise et juge au Tribunal des activités économiques de Lyon, une fonction juridictionnelle exercée en toute indépendance.

Après 32 ans chez Eurovia, Patrick Perez a créé en 2021 PPZ Consulting, société de conseil auprès des entreprises du Bâtiment et des Travaux Publics. Investi de longue date à la Fédération BTP Rhône, où il a présidé la chambre de Voirie urbaine, il siège depuis six ans au Tribunal de commerce de Lyon, devenu début 2025, dans le cadre d’une expérimentation nationale, Tribunal des activités économiques (TAE). Cette juridiction spécialisée traite les difficultés des entreprises, les procédures amiables et collectives, ainsi que différents litiges économiques, en regroupant devant une même instance une partie des procédures concernant les acteurs économiques.

Pourquoi vous êtes-vous porté candidat ?

Samuel Minot, président de la Fédération BTP Rhône à l’époque, souhaitait encourager les chefs d’entreprise du BTP à s’investir dans différentes institutions. De mon côté, je voulais rendre à la profession tout ce qu’elle m’avait apporté. Il était important que des chefs d’entreprise connaissant les réalités du BTP puissent proposer leur candidature. J’ai été élu et je ne le regrette pas. Je vais présenter de nouveau ma candidature pour quatre années supplémentaires.

Avez-vous été formé ?

Oui. L’École nationale de la magistrature dispense des formations obligatoires durant les six premiers mois : principaux textes de loi, dispositions du Code de commerce, du Code de procédure civile et du Code civil, préparation d’une audience et rédaction d’un jugement. La première année, nous sommes accompagnés par le président de notre chambre, qui joue un rôle de parrain.

Quel est le rôle d’un juge au Tribunal des activités économiques ?

Les premières années, nous intervenons uniquement sur le contentieux général. Après deux ou trois ans, nous pouvons exercer dans le domaine des procédures collectives ou des modes amiables de règlement des différends (MARD). Après six années d’exercice, j’interviens aujourd’hui en MARD, sur les procédures collectives et les injonctions de payer. Je traite des dossiers particulièrement intéressants et variés. Lyon occupe une place importante dans le recours aux modes amiables de règlement des différends, tant par le nombre de dossiers traités que par les résultats obtenus.

Qu’est-ce qui vous intéresse dans cette fonction ?

Mon expérience de chef d’entreprise me permet de comprendre les réalités économiques des personnes qui se présentent devant le tribunal. Chaque dossier doit naturellement être examiné avec neutralité, impartialité et indépendance. Dès qu’une affaire est portée devant le tribunal, nous essayons, lorsque c’est possible, de favoriser la conciliation. Cette étape est essentielle et passionnante. Lorsqu’elle n’aboutit pas, l’affaire est examinée en audience. J’interviens aussi dans les procédures de sauvegarde, de redressement et de liquidation judiciaires. Dans ces situations souvent difficiles, le mot « sauvegarde » prend tout son sens. C’est une fonction dans laquelle je me sens véritablement utile.

Comment réagissent les chefs d’entreprise face à des juges issus du monde économique ?

Ils sont souvent rassurés d’être entendus par des juges qui sont eux-mêmes des chefs d’entreprise et qui connaissent les réalités économiques. Ils savent que nous examinons leur dossier dans le respect du droit, en recherchant, lorsque c’est possible, les solutions les plus adaptées. Si je devais adresser un message à mes collègues, je les encouragerais à mettre leur expérience au service de la justice économique. Cette fonction exige de l’écoute, de la rigueur, de l’impartialité et une indépendance totale.

À lire dans l’édition du 30 juillet 2026 du Journal du BTP

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