Matinale « Anticipons l’imprévisible » : « Les crises n’attendent pas qu’on soit prêts »
Encore un amphithéâtre quasiment plein à BTP Rhone. Le signe que les thématiques abordées sont attendues par les chefs d’entreprise et artisans du BTP, signe aussi que les adhérents ressentent le besoin en ces temps bousculés de se retrouver au siège pour s’informer, se former, se confronter, bref pour enrichir leur vision.
Il faut dire que le sujet proposé pour cette matinale intitulée « Anticipons l’imprévisible », avec pour sous-titre : « Le BTP dans un monde fluctuant, sommes-nous prêts ? » avait de quoi mobiliser.
C’était toute l’ambition de la commission Environnement et de sa présidente Marie-Myriam Favre, qui avaient convié pour l’occasion deux grands témoins passionnants : Christian Clot, explorateur et chercheur, expert en adaptation humaine au Human Adaptation Institute, l’institut de recherche qu’il dirige à Marseille ; Jérôme Belleret, Lieutenant-colonel au SDMIS 69, sous-directeur en charge des moyens matériels, et donc de la transition écologique de l’établissement.
« C’est aujourd’hui le lancement officiel de notre commission Environnement. Elle a une ambition simple : aider nos entreprises adhérentes à avancer face aux transitions environnementales, non pas avec des réponses toutes faites, mais en créant les conditions pour se poser des bonnes questions, identifier des solutions concrètes et construire des réponses adaptées à nos réalités de terrain », a précisé Norbert Fontanel dans son mot d’accueil.
L’enjeu : rester solides
« Nous le savons tous, les crises se succèdent, les contraintes évoluent, les événements climatiques s’intensifient. Pour nos entreprises, l’enjeu n’est plus seulement d’agir, mais d’anticiper, de s’adapter, de rester solides et capables d’agir dans un environnement qui change. La robustesse sera certainement la clé de demain », a-t-il conclu avant de lancer la question qui pouvait résumer le thème de la Matinale : « sommes-nous prêts » ?
« Face à un monde devenu très fluctuant, déroutant, incompréhensible, on se retrouve bien souvent perdus avec une absence de repères, déstabilisés, au point de ne plus savoir quelles décisions prendre. Des décisions parfois prises trop vite ou trop tard, et souvent sans préparation ou anticipation. Avec des conséquences négatives sur la vie de l’entreprise », a renchéri Marie-Myriam Favre, avant de passer le micro aux intervenants.
La clef : la formation à l’anticipation
« Personne ne change un comportement parce qu’il a reçu une information. Personne. On change parce qu’on a reçu une émotion », a d’emblée martelé le chercheur Christian Clot dont l’objectif était « de montrer comment nos cerveaux sont capables, si on les forme bien, de travailler en anticipation ». « Sur les enjeux climatiques, notamment la chaleur, mais aussi les enjeux technologiques et les enjeux géopolitiques, qui vont être systémiques, la demande d’anticipation devient beaucoup plus grande, et c’est un paradoxe puisqu’on sait de moins en moins ce qui va arriver (…)
Et pour anticiper, savoir anticiper, il faut se former. « Nous devons réfléchir en effet à l’éducation dès le primaire et le collège. Mais aussi dans les filières de formation du BTP, il faudrait commencer à réfléchir sur la manière d’introduire les notions adaptatives… En formant les cerveaux à la diversité, en expérimentant beaucoup de choses différentes hors métier, à avoir une vision plus large. En se posant des questions sur ce que veulent dire certains matériaux, on ne devrait plus, par exemple, construire de grands bâtiments en verre… »
La question : les matériaux d’aujourd’hui seront-ils encore là dans dix ans ?
Des conseils ? « Avoir une planification de ce qu’on veut faire, mais avec l’acceptation qu’une décision prise doit pouvoir être remise en cause peut-être même dès le lendemain. Ce qui est difficile à expliquer à ses équipes, à ses prestataires, ou à ses clients. Il faut avoir une sorte de malléabilité sur les projets tout en gardant évidemment la structure initiale prévue. Le deuxième point, vraiment important, est de comprendre qu’on doit pouvoir avoir une discussion avec les clients et les différentes personnes qui nous entourent sur le fait que ce qu’on vend aujourd’hui n’existera peut-être plus demain. Et je pense à la matière première. Dernier point : avoir une réflexion réelle sur les conditions de vie du futur. Et là, je suis très surpris de voir que beaucoup de choses construites… des places publiques, ou des bâtiments, des maisons, sont peut-être idéales pour aujourd’hui, mais absolument pas pour demain ».
La force du collectif, de la coopération comme solution
Même alerte rouge avec Jérôme Belleret qui a souvent employé le mot à la mode « résilience ».
« Des années compliquées se dessinent devant nous, il va falloir collectivement, que chacun au sein de son organisation se pose des questions sur sa capacité à résister à ce qui pourrait se passer demain. Pas seulement les pouvoirs publics, les collectivités, ou même les pompiers… parce que les pompiers et la sécurité civile d’une manière générale ne pourront pas gérer tout ce qu’il y aura à gérer (…)
« L’objectif affiché aujourd’hui par la sécurité civile est de rebouger l’ensemble des acteurs de notre société et leur rappeler que tout est possible. En 25 ans, j’ai vu une très forte évolution de ce à quoi nous sommes confrontés. Sur le dérèglement climatique, ce qui arrive sera bien pire. Nous avons tendance à nous voiler la face, mais tous les dérèglements de notre monde, y compris politiques, sont beaucoup liés aussi à cette forme de dérèglement climatique. L’énergie va devenir un enjeu qui peut toucher la géopolitique. Il ne faut pas s’accrocher à l’ancien monde, il faut essayer d’être agile et de se projeter sur des choses qui peuvent être aussi des vraies opportunités, comme la création de collectifs pour créer des choses positives sur ces sujets-là ».
Un collectif, oui, comme une fédération…
Pour que le message soit encore plus clair, une petite troupe de théâtre a imaginé et « joué » un monde à plus de 45 degrés, lourd, très lourd de conséquences.Les ascenseurs tombent en panne, les climatisations aussi, les urgences sont débordées, mais le personnel est pris entre deux feux, comme cette infirmière indispensable mais appelée par l’école qui ne peut plus garder son enfant parce qu’il fait trop chaud. Un bel exemple de système en surchauffe qui a paradoxalement un peu glacé l’assistance confrontée d’un coup au réel.
« Être accompagnés c’est essentiel »
Certains se préparent déjà, et ont pu s’exprimer au cours de la Matinale. Marie-Anne Gobert (SERFIM), Daniel Echevin (ACTELIOR) ou encore Laurent Saby (DDT Rhône), ont montré en quelque sorte la voie à suivre. Marie-Anne Gobert qui travaille dans une entreprise résolument engagée dans le développement durable a expliqué comment son entreprise se lance dans l’anticipation sur chacun de ses sites, en se faisant accompagner pour analyser les risques d’aujourd’hui et demain, et mettre en place les premiers process.
« Être accompagnés c’est essentiel », note Marie-Myriam Favre, ravie d’avoir visé juste avec le sujet de cette Matinale. « La commission Environnement a peut-être un rôle d’entremetteur à jouer entre les personnes qui souhaitent se faire accompagner sur ces questions d’adaptation. Car c’est maintenant qu’il faut anticiper. Et la commission va je pense s’investir pour aider nos adhérents. Pas seulement sur les enjeux climatiques, mais aussi les difficultés ou ruptures d’approvisionnement en matériels ou matériaux. Il me semble que les adhérents présents sont ressortis avec une énergie positive, l’envie de faire, d’avancer, de se préparer »…
La définition du succès.
À lire dans l’édition du 9 juillet 2026 du Journal du BTP

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