L’Interview de la rentrée avec Norbert Fontanel

Le président de BTP Rhône, Norbert Fontanel, a multiplié les rencontres avec les élus de la Métropole de Lyon et les services de l’État. Commande publique ralentie, logement neuf bloqué, rénovation en recul : il revient sur une conjoncture difficile, les mesures qu’il attend et sa confiance dans l’avenir des métiers du Bâtiment et des Travaux Publics.

Après un été peu rassurant, entre hausse des coûts et remontée des taux d’intérêt, quel message souhaitez-vous adresser aux adhérents de BTP Rhône ?

Que les difficultés vont durer. Mais aussi que nous avons les plus beaux métiers du monde, jamais monotones. Nos métiers de geste sont et resteront les métiers de demain, moins exposés que d’autres à la révolution de l’intelligence artificielle. Notre récente rencontre avec le prix Nobel d’économie Philippe Aghion a renforcé cette conviction. Ne doutons pas, continuons à défendre nos métiers et nos activités, essentiels à l’aménagement du territoire.

Vous avez rencontré beaucoup d’élus avant l’été et en cette rentrée ?

Nous sommes « au combat » parce que la situation l’exige. Nous avons vu de nombreux interlocuteurs de la nouvelle gouvernance à la Métropole et de la préfecture. Nous avançons de front avec nos partenaires, FPI, SARm, FNAIM, UNIS, UNTEC aujourd’hui sur la même ligne pour expliquer et défendre ce qui se passe dans nos entreprises et sur nos chantiers. Il est urgent d’agir, à l’échelle de la Métropole, du Département et du pays.

Avez-vous le sentiment d’avoir été entendus ?

Oui. J’ai retenu une volonté très forte de développer l’économie. C’est précisément ce que nous attendons de la Métropole et ce qui apportera de l’activité à nos entreprises. Véronique Sarselli, sa présidente, veut faciliter l’implantation de nouvelles entreprises et permettre à celles qui sont déjà installées de se développer. Dans le BTP, nous n’avons pas besoin qu’on nous dise ce qui est bon pour nous. Qu’on nous demande ce dont nous avons besoin est déjà une approche nouvelle et positive. Pour faire fonctionner l’économie, il faut laisser respirer l’entreprise : c’est là qu’elle est la plus performante. Le meilleur stabilisateur social, c’est l’emploi, et ce sont nos entreprises qui le créent : près de 53 000 emplois salariés dans le Rhône pour le BTP (selon l’Urssaf, établissements employeurs, 2024).

Qu’attendez-vous concrètement comme décisions dans les semaines à venir ?

En attendant la programmation pluriannuelle d’investissement (PPI), des décisions rapides peuvent être prises : entretien et réhabilitation des ouvrages d’art, de la voirie et des réseaux, raccourcissement des délais de paiement, absence de hausse des droits de voirie. Mettons vite en place ce qui ne coûte pas trop cher à la collectivité mais donne du souffle à l’activité de construction et de gestion du patrimoine. Et en parallèle, que les entreprises soient rapidement payées des sommes qui leur sont dues depuis de nombreux mois.

Par exemple ?

Autoriser, quand c’est possible, un étage de plus : cela ne coûte rien à la collectivité et lui procure des recettes supplémentaires. Quand on demande 40 à 60 % de logements sociaux dans un programme immobilier, le projet ne se vend pas, c’est trop cher pour les acquéreurs particuliers. Il faut revenir sur ce pourcentage pour que les programmes sortent. Laissons aussi plus de souplesse aux architectes dans la conception et aux promoteurs qui prennent des risques et connaissent le marché. Faisons une pause sur la surrèglementation et répondons réellement aux besoins du marché. Adaptons les surfaces des logements aux besoins des foyers : pourquoi imposer un nombre de T4 s’ils ne se vendent pas ? Pourquoi ne pas inclure le logement locatif intermédiaire dans le quota de logement social ? Mais dans ces exemples, certains sont à la main du national.

La construction de logements neufs ne décolle toujours pas, et les taux d’intérêt remontent.

Sur les taux, l’essentiel est de s’assurer qu’ils soient renégociables à la baisse dès que la conjoncture le permet. Le besoin de se loger est toujours là, et l’investissement dans le logement reste une valeur sûre pour les ménages.

En attendant, les entreprises qui ne faisaient que du neuf se tournent vers la réhabilitation-rénovation, où la nouvelle mouture de MaPrimeRénov’ n’est pas très attrayante.

Elle ne l’est pas, et c’est volontaire selon moi, puisqu’il n’y a plus d’argent dans les caisses. Avant, nous marchions sur deux pattes en termes d’activité : 50 % dans le neuf, autant dans la rénovation. Nous sommes aujourd’hui plutôt à 40-60, avec un marché de la rénovation qui recule lui aussi, mais moins vite que le neuf. C’est dire le décrochage. Le tertiaire ne se porte pas mieux, la demande a été divisée par deux et le taux de vacance a doublé. Il faut agir vite.

Après une forte activité, les Travaux Publics font face à un net ralentissement de la commande publique et à la hausse des coûts. Avez-vous reçu des signaux encourageants des élus ?

Après un pic d’activité historique, avec le prolongement du T6, les chantiers des T9 et T10, un bus à haut niveau de service et les Voies lyonnaises, les nouvelles commandes se sont brutalement taries, dès décembre 2025. La commande publique est en partie à l’arrêt et il faut attendre les projets annoncés, comme le métro E. Nous souhaitons que les choses aillent vite, même s’il s’agit d’un investissement d’importance et d’un chantier de longue durée. La bonne nouvelle, c’est que cette ligne entraînera sur son parcours une densification de l’habitat, donc des opérations à venir. Il y a aussi, à plus court terme, les travaux du village olympique des Jeux d’hiver 2030, à la Saulaie, à Oullins-Pierre-Bénite.

Depuis l’été 2025, de nouvelles obligations de prévention s’imposent aux employeurs en cas d’épisodes de chaleur intense. Faut-il aller plus loin ou laisser chacun évaluer la situation ?

Oseriez-vous conseiller à un agriculteur de boire de l’eau ou de commencer plus tôt son travail des champs en période de canicule ? Non, il sait s’adapter. Nous aussi. Notre plus grande ressource, ce sont nos compagnons, nous veillons à leur sécurité et à leur santé. Il faut faire confiance aux entrepreneurs. Ce que nous demandons, c’est de pouvoir systématiquement démarrer dès 6 heures le matin entre mai et septembre, en cas de vigilance orange et rouge, avec la même règle dans toutes les villes et tous les départements. Cela dit, la canicule a entraîné une baisse de production et des retards : nos compagnons étaient fatigués, ils dormaient mal, nous avons aménagé les horaires. Nous avons sollicité les maîtres d’ouvrage pour qu’ils se montrent compréhensifs sur les pénalités de retard. L’ont-ils vraiment été ? Je l’espère sincèrement. Nos métiers sont très exposés, pour certains, à la chaleur, nous devons être solidaires dans ces moments. Les riverains doivent comprendre également.

Vous nous disiez « la solution n’est pas de se refermer sur la trésorerie et le carnet de commandes, mais de s’ouvrir, de sortir, d’élargir ses cercles ». Les entrepreneurs ont-ils la force de cultiver cette résilience quand tout va mal ?

Nous avons traversé bien des crises et nous nous sommes adaptés. Il ne faut surtout pas s’arrêter ni se replier, mais continuer d’investir, d’innover, d’inventer. Les seuls capables d’amener de la croissance et de la valeur, ce sont les entrepreneurs. Un entrepreneur qui n’avance pas se met en péril. Il doit s’adapter aux nouvelles technologies, aux nouveaux matériaux, aux contraintes environnementales, et l’intelligence artificielle comme la robotique vont l’y aider. Nous sommes sur un marché de besoin, donc incontournables. C’est pour cela que nous lançons le Parcours Métiers, un dispositif immersif installé à la Maison du BTP de Villeurbanne, qui fait découvrir nos métiers aux élèves du CM1 à la 3e. Nous croyons fermement en l’avenir de nos métiers : nous avons besoin de manuels, de créatifs, de gens qui ont envie de contribuer à construire des villes et à dynamiser nos territoires.

 

À lire dans l’édition du 24 septembre 2026 du Journal du BTP

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