Charles Fayolle : “Le rendu est parfait,sinon on recommence. C’est notre marque”

Lucien, Gérard, et puis, dans l’ordre d’arrivée, Charles et Arnaud, co-gérants aujourd’hui.
Trois générations de Fayolle, trois générations de passionnés du métier, de l’art du geste souvent apprivoisé dès l’âge de marcher en traînant dans l’atelier, des dizaines d’apprentis formés, des compagnons fidèles… Du savoir-faire et de la transmission, de la rigueur et beaucoup-beaucoup de travail…

Trois générations. Et dans ce préambule il y a déjà tout l’esprit, toute la force, toute la philosophie de l’entreprise Fayolle Père et Fils qui a marqué, et marque toujours la commune de Saint-Symphorien-sur-Coise, les Monts du Lyonnais, et plus loin encore à la demande du donneur d’ordre.

Une entreprise à laquelle le client s’attache et que chacun recommande autour de lui pour la qualité de ses réalisations, et l’engagement de chacun des compagnons à l’atelier ou sur les chantiers, co-gérants compris.

Les clients surnommaient Lucien « Jour et Nuit »

Mais revenons à Lucien, puisque sans lui il n’y aurait pas de saga Fayolle.
Il se lance en 1953 commemaréchal-ferrant et forgeron, « il faisait un peu tout ce qu’on lui demandait dans les fermes à l’époque », raconte Charles. « Il ferrait les chevaux, mais il réparait ou montait aussi les portes des écuries, les portails, certaines fenêtres » … Fin des années cinquante, les premières machines à traire investissent les fermes. Lucien est l’homme de la situation. Et se fait vite une réputation d’expert en la matière, toujours présent, jusqu’à ce que tout fonctionne. « Ses clients le surnommaient « Jour et Nuit », sourit Charles, « il ne quittait pas la ferme tant que la machine n’était pas réglée ».

En même temps que les machines à traire, apparaissent les évacuateurs, ces machines à racler le sol des écuries ou des étables. Lucien et sa petite équipe – un ou deux compagnons – deviennent indispensables au monde agricole des Monts du Lyonnais. L’entreprise Fayolle Père et Fils est d’ailleurs toujours restée fidèle aux agriculteurs, il y a encore et toujours aujourd’hui des engins ou machines agricoles à réparer, resouder, parquées devant le dépôt actuel du Haut de la Guilletière.

A l’époque, les femmes s’occupaient de la paperasserie, comptes et factures

Son fils Gérard n’hésite pas. Il suit les cours de construction métallique à la célèbre école La Mache, et rejoint l’entreprise en 1975. Fayolle fait déjà un peu de métallerie, de serrurerie, Gérard donnera l’impulsion nécessaire au développement de ce secteur d’activité. De son côté, Lucien poursuit sa route avec les fermiers des Monts du Lyonnais.
La répartition des taches se fait naturellement, et l’entente père-fils profite de ce relatif cloisonnement. N’oublions pas Francine Fayolle, épouse de Lucien, elle fait partie du staff, c’était ainsi à l’époque, les femmes s’occupaient de la paperasserie, comptes et factures. Marie-Agnès, femme de Gérard, fera de même…

Gérard va réaliser de nombreuses charpentes métalliques, et lancer un peu de menuiserie alu. Les clients ? Des industriels et quelques fermes qui ont besoin d’entrepôts dans cette France des Trente Glorieuses, et des particuliers qui réclament du métal, des portails, les premiers escaliers et garde-corps.
Avec lui l’entreprise embauche encore, ils seront jusqu’à sept voire huit salariés, administratif compris.

Charles Fayolle : « Ce métier m’a toujours plu »

Alors en 1985 Lucien et Gérard – ou Gérard et Lucien – décident de déménager pour accueillir leur équipe dans de bonnes conditions de travail. Atelier, dépôt, bureaux, quittent le centre village et prennent la direction de la zone artisanale du Plomb. 600 m² d’atelier de fabrication, 200 m2 de stockage matières, bureaux et vestiaires. Fayolle Père et Fils y siège encore.
Juste à côté, leur maison d’habitation.

On comprend pourquoi les deux petits de Gérard et Marie-Agnès, Charles et Arnaud, passaient leur temps libre à l’entreprise dans les pattes de leurs parents et compagnons. La meilleure formation. « Ça me plaisait de voir ces jolis portails, ces escaliers, je voyais dans l’atelier toutes ces belles réalisations et ça me plaisait », se souvient Charles avec émotion. « Ce métier m’a toujours plu ». Idem pour Arnaud.
Résultat : les deux frères passent un BTS en construction Métallique, à La Mache comme leur père, après un passage à la Giraudière pour Charles, et avant une licence de Chargé d’affaires pour Arnaud.

Les Salaisons représentent une bonne part de l’activité de l’entreprise.

Entretemps Gérard a pris les rênes de Fayolle en 1989, quatre ans après le déménagement. Lucien continue à arpenter le dépôt et visiter ses clients jusqu’en 1998… Un peu moins « Jour et Nuit » qu’auparavant, mais toujours là, à couver des yeux l’envolée de son « bébé » dans les mains de son fils. Car Gérard, on l’a vu, a des idées de développement. Il se lance dans les marchés publics, développe sa clientèle de particuliers, et fidélise celle des entrepreneurs en salaisons.

Dans les Monts du Lyonnais, la salaison est omniprésente. De la ferme aux entreprises charcutières, les Fayolle ont suivi le chemin et le suivent toujours. Avec fidélité et respect de chaque côté. Acier, alu, mais surtout inox pour les laboratoires, les Salaisons représentent une bonne part de l’activité de l’entreprise.

On accélère. Ni Charles, l’ainé, ni Arnaud le cadet, n’intègrent tout de suite l’entreprise. Ce sera le groupe Micholet, dans la Loire, pour Charles qui en reviendra avec une faiblesse coupable pour l’AS Saint-Etienne, les Verts… Et ce sera Bouygues Construction pour Arnaud. Histoire d’aller voir ailleurs comment les choses se font, et rentrer plus ouverts, plus disponibles encore à l’innovation.
2015 pour Charles, 2017 pour Arnaud, reprise de Fayolle Père et Fils en 2018… L’histoire va vite.ailleurs comment les choses se font, et rentrer plus ouverts, plus disponibles encore à l’innovation.
2015 pour Charles, 2017 pour Arnaud, reprise de Fayolle Père et Fils en 2018… L’histoire va vite.

Charles et Arnaud recherchent un compagnon

Les deux jeunes frères commencent par « refaire une équipe à l’atelier. On a embauché et formé quatre compagnons ». Et puis, ils importent le numérique dans l’atelier, investissent dans un logiciel de dessin pour réaliser les plans, achètent des machines modernes… sous l’œil empli de fierté de Gérard (70 ans) qui continuent à venir se ressourcer au dépôt.

La clientèle évolue aussi. Particuliers, marchés publics, collectivités, industriels, agriculteurs, architectes, charpentiers et menuisiers qui viennent faire faire leurs pièces métalliques… Fayolle se démultiplie – une bonne façon de lisser l’activité – et ne connaît pas la crise…  Avec une spécialité, les « moutons à cinq pattes » comme ils disent, surtout pour les escaliers ou des menuiseries métalliques parfois complexes à réaliser.
Mais allez donc voir sur leur site, les Fayolle publient certaines de leurs réalisations. Impressionnant.

Charles et Arnaud se répartissent la direction, Arnaud plus orienté commerce et suivi de chantier, Charles plus souvent sur la partie technique, l’atelier. Avec une stratégie de développement sage : d’abord bien se structurer, grossir un peu pour suivre l’ensemble de la demande – l’entreprise recherche un compagnon pour la fabrication afin de pouvoir répondre au carnet de commandes de cette année – peut-être déménager encore si un terrain se présente, mais rester à taille humaine, surtout, une entreprise familiale afin de rester « en proximité » avec des clients fidèles qui apprécient de voir un Fayolle aux rendez-vous. « On l’a toujours fait », confirme Charles, « nous sommes présents, avec nos salariés, du début jusqu’à la fin du chantier. Et le rendu est parfait, sinon on recommence. C’est notre marque ».

Une marque ? Oui. Mais surtout une philosophie.

À lire dans l’édition du 16 avril 2026 du Journal du BTP

Publications similaires