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Milène Fortet : « nous avons tous une grille de lecture homme-femme à la base, ce qui nous ferme des portes »

La fédération BTP Rhône et Métropole a décidé en ce mois de mars 2022 de rendre hommage aux femmes engagées dans les métiers du Bâtiment et des Travaux Publics.

Milène Fortet, 44 ans, a racheté en 2019 « Pons Travaux acrobatiques », une entreprise de dix salariés basée à Villeurbanne, qui comme son nom l’indique réalise des travaux d’accès difficiles autour de la région de Lyon.

Combien de femmes travaillent dans votre entreprise ?

Nous sommes deux, mon assistante et moi, nous sommes bien dans les clichés…

Il n’y a donc pas de femmes cordistes ?

Elles existent, mais pas chez nous. Nous recherchons à recruter avant tout des gens compétents, femmes ou hommes, mais je n’ai jamais eu de candidate. Quand nous avons eu besoin par exemple d’intérimaires, on ne nous a jamais proposé de femmes. Mais être une femme n’est pas un critère de choix pour moi.

Vous qui n’apparteniez pas à la famille BTP avant 2019, comment avez-vous été accueillie dans ce monde ? (1)

Bien, très bien. Il y a juste une personne qui a quitté l’entreprise, en démissionnant. Peut-être d’ailleurs avait-elle envie de partir pour d’autres raisons également. Sinon, je n’ai pas senti de différence avec le monde d’avant. Beaucoup de gens ont été surpris par ma démarche, mais je n’ai pas eu le sentiment qu’être une femme puisse nuire à mon projet.

Cordiste, c’est un métier très physique ?

Oui, sur certains chantiers, mes compagnons m’ont conseillé de ne pas toucher telle machine par exemple, au risque de me blesser… C’est en effet un métier très physique. Dans la partie Bâtiment et pour le nettoyage, il n’y a pas de problèmes. Mais quand on commence à faire du TP sur des falaises avec de grosses charges à soulever, on souffre d’un manque de puissance musculaire, c’est juste morphologique.

La technologie pourra vous y aider ?

Certainement, mais cela demande des investissements et des développements qui ne sont pas faits aujourd’hui puisque nous n’avons pas de candidates. Cela dit, ces nouveaux outils pourront aussi accompagner les hommes ce qui leur évitera des troubles musculosquelettiques après quarante ans.

Vous appartenez à quelle chambre à la fédération ?

Je suis adhérente au groupe Femmes et à la chambre « Terrassement Génie Civil Ouvrages d’art » où l’on traite de sujets « métier ». Le groupe Femmes est très actif, on y aborde beaucoup de sujets administratifs.

Est-il selon vous encore nécessaire d’organiser un mois de la femme ?

Oui. Pour moi il n’y a pas de différences entre un homme et une femme, mais le fait qu’il y ait eu autant de gens surpris par mon projet, notamment parce que je suis une femme, cela signifie que l’égalité n’est pas encore universelle. Le mois de la femme changera-t-il les choses ? Cela permet au moins de mettre en exergue certains problèmes existants. Il y a encore beaucoup de chemin à parcourir, et pas seulement dans la tête des hommes.

Si vous aviez une fille, lui présenteriez-vous les métiers du BTP en soulignant que ce sont des métiers d’avenir ?

Oui tout à fait. J’ai une fille et je lui ai proposé de faire un stage de cordiste. Mais mes trois enfants feront bien ce qu’ils veulent, je ne veux surtout pas les influencer.

Plus largement, comment comprendre que les femmes ne rejoignent pas le BTP alors qu’il offre autant de propositions de métiers différents ?

C’est une vaste question. À nous peut être de mieux les présenter. Les métiers opérationnels ne sont pas encore très valorisés à l’école. Et c’est aussi un problème d’éducation des petites filles. Les jouets en particulier me semblent terriblement genrés. Nous sommes encore dans un monde bloqué par des stéréotypes. Je pense que nous avons tous une grille de lecture homme-femme à la base, ce qui nous ferme des portes. Les hommes se ferment par exemple les portes des métiers de la petite enfance. Or ils y seraient très bien.

(1) – Milène Fortet a fait beaucoup de logistique, de planification, de gestion de projets pour de grosses entreprises comme Danone, Air Liquide, ou encore Panzani… avant de racheter son entreprise.

A lire dans l’édition du Journal du BTP du 10 mars 2022.

Published in Lyon

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