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Véronique Legrain : « Notre chance est que nos métiers ont un sens »

La fédération BTP Rhône et Métropole assure au quotidien une veille réglementaire et technologique sur tous les sujets sensibles pour le chef d’entreprise. Elle les informe et leur propose des services et des solutions adaptés pour la gestion de leur entreprise ou pour les aider dans leurs décisions. En ce mois d’avril, la fédération a choisi de présenter à nouveau les membres de l’équipe qui œuvrent au quotidien pour ses adhérents.

Le recrutement est depuis plusieurs mois une préoccupation majeure des entrepreneurs. Véronique Legrain, qui dirige le service Emploi de la Fédération BTP Rhône et Métropole, témoigne de la place de la femme dans le schéma de recrutement des entreprises du Bâtiment et des Travaux Publics.

Quel est l’objectif du service emploi ?

Essayer de trouver des salariés à nos entreprises adhérentes. C’est aussi simple et compliqué que cela. Nous avons des résultats, mais pas à la hauteur de ce que l’on souhaiterait puisque nous avons un problème de personnel persistant. La difficulté essentielle est sur le personnel de chantier qualifié. Trouver un miroitier, un couvreur, un métallier… qui a une trentaine d’années, est autonome, et sait travailler, c’est compliqué.

Les métiers du BTP séduisent-ils de plus en plus les femmes ?

Je n’ai pas de chiffres, mais oui il y a de plus en plus de femmes sur des postes de conducteurs de travaux par exemple. Je reçois des CV de jeunes filles qui sont en première ou deuxième année d’IUT Génie Civil et recherchent un stage. En revanche, pour des postes de chantier, ce n’est pas encore la ruée… Même si, aux Worldskills par exemple, nous avons croisé des jeunes filles très douées et engagées dans des métiers comme le carrelage, la taille de pierre, la miroiterie…

Qu’est-ce qui bloque ?

Je pense que l’image de nos métiers peut encore bloquer, même si nous avons vu pendant le mois de la Femme de très beaux portraits de jeunes femmes. Il y a sans doute aussi encore un blocage des parents… Quand une fille se dirige vers des métiers du Bâtiment, ce n’est pas simple pour eux.

Avec tout ce que la fédération, les syndicats ou organismes professionnels, font depuis des années pour inciter les jeunes – hommes et femmes – à considérer de plus près les métiers du BTP, les résistances perdurent. Les stéréotypes ont la vie dure ?

C’est un chemin qui sera long, puisque des femmes sur les chantiers ce n’est pas « naturel » dans l’esprit des gens. Qu’on le veuille ou non, les jeunes filles sont toujours plus appelées à devenir infirmières, aides-soignantes, puéricultrices, etc… Même si ce n’est pas fermé, et même si les choses évoluent.

Vous souffrez toujours d’un déficit d’image ?

Nous restons sur un problème d’image mais aussi sur un problème global d’emploi, fondé sur la séparation du temps professionnel et du temps personnel, qui évolue depuis plusieurs années et a été accentué par la crise que nous venons de traverser. Les salariés veulent que leur travail ait un sens, des horaires mieux adaptés. Notre chance est que nos métiers ont un sens : construire propre, rénover, réhabiliter. Mais nous savons aussi que ce n’est pas chez nous qu’on va faire très vite beaucoup d’argent comme un influenceur ou un trader… Nous restons cela dit le bastion de l’ascenseur social, et nous voyons beaucoup d’entreprises qui s’engagent avec le tutorat, la formation…

Est-ce que vos entreprises adhérentes vous réclament des femmes, ou au contraire refusent si vous leur en proposez ?

Globalement, c’est tellement tendu aujourd’hui que si j’ai un bon CV d’une jeune fille un peu expérimentée, elle sera reçue. J’ai envoyé il y a quelques jours le CV d’une jeune fille au parcours atypique qui est allée du CAP au BTS en peinture, elle a été appelée par de nombreux adhérents. Ce sera à elle de choisir. Elle connaît le métier de la base jusqu’à la gestion d’équipe et de chantier… Nous avons de très beaux exemples de jeunes filles qui sont en apprentissage après avoir fait un bac général, puis la fac, et qui finissent par faire un CAP parce que le métier les intéresse.

Est-ce que la technologie peut être une clef qui favoriserait l’accès aux métiers aux femmes ?

Cela pourrait aider, même si aujourd’hui il y a déjà beaucoup de matériels qui sont plus légers à porter que dans les années passées. Les pots de peinture, les sacs de ciment, ont été reconditionnés, et pas seulement pour les femmes. Dans la même mesure, les femmes peuvent aujourd’hui conduire des poids-lourds ou des engins de chantier.

Est-ce que ce mois de la Femme reste nécessaire selon vous ?

C’est pour moi un peu comme la fête des secrétaires, j’y suis un peu hermétique. Comme d’ailleurs j’ai du mal avec des grands discours sur la parité. Mettre une femme dans un organisme, juste pour atteindre des quotas, ne me parle pas. L’essentiel est bien que nous soyons traités, hommes et femmes, de manière similaire. Tout le temps, et pas seulement pendant un jour ou un mois. Qu’une femme puisse être maçon et qu’un homme puisse être sage-femme sans difficulté ni regard particulier. Qu’elle soit jugée sur son professionnalisme et ses compétences, pas sur autre chose. Et qu’en termes de salaire, qu’à diplôme égal, qu’à parcours égal, elle gagne strictement la même chose qu’un homme … ce devrait être aussi simple que cela. Le 8 mars n’y change rien. Considérons qu’une femme et un homme, ce sont deux personnes, et regardons ce qu’elles sont intrinsèquement. Chacune peut être, ou pas, compétente, consciencieuse, impliquée, efficace, leader, etc … et ce n’est pas une question de genre.

A lire dans l’édition du Journal du BTP du 7 avril 2022.

Published in Lyon

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